Il y a longtemps qu'on
n'avait pas parlé de mort sur ce blog, je suis sûre que cela vous
manquait ! Vos prières sont exaucées, on va parler d'une mort
digne, d'un grand militaire de l'histoire révolutionnaire et du
premier empire : Joachim Murat, maréchal d'Empire et roi de
Naples. Une histoire romanesque de ce fils d'aubergiste à
l'ascension fulgurante, où sa mort n'est qu'une fin logique à son
destin. Oui je suis un peu pompeuse mais je l'aime bien Murat et
j'avais envie de parler de sa mort qui a eu lieu il y a exactement
200 ans …
Nous sommes à Pizzo, au
niveau de la pointe italienne, dans le royaume de Naples. C'est ici
que Joachim Murat, roi de Naples, mis à cette place par son
beau-frère Napoléon 1e – dont il a épousé la sœur,
Caroline Bonaparte – revient après avoir fui l'Italie, à
cause de sa défaite face à l'Autriche. Petit récapitulatif assez
bref (ou pas) :
Après une grande
carrière militaire où il prouve ses grandes qualités lors de la
campagne d'Italie et d’Égypte, il devient un proche de Napoléon
Bonaparte, épouse sa sœur Caroline avec qui il aura quatre
enfants. A l’événement de l'Empire, Murat est à la fois
prince et maréchal, il jouit des grandes largesses de son beau-frère
l'empereur et tout lui sourit. Lui qui ne partait de rien, le voici
arrivé au sommet, ou presque.
Napoléon
distribue à sa famille les territoires conquis : la Hollande à
Louis, l'Espagne à Joseph, la Westphalie à Jérôme,
il marie sa sœur Elisa au grand duc de Toscane et Pauline
au prince Borghèse. Joseph eut d'abord le royaume de Naples,
tandis que Caroline et Joachim Murent eurent le grand-duché de Berg,
en attendant d'avoir l'Espagne. Finalement Joseph préfère
l'Espagne – encore un enfant pourri gâté qui change d'avis comme
de chemise – et Napoléon donne le choix à Murat
entre le royaume de Naples et celui du Portugal : ce sera donc
Naples. Ah oui, j'ai oublié un Bonaparte : Lucien. Après
son coup d'éclat au 18 brumaire lors du coup d'Etat de son frère,
il n'a pas servi à grand chose, s'est marié sans le consentement de
sa famille et est donc puni, il sert d'ambassadeur entre la fratrie,
et n'aura qu'une principauté que grâce au Pape Pie VII.
Bref, Murat
devient donc roi de Naples le 1e août 1808, peu enthousiaste
car il doit quitter Paris pour partir au fin fond de l'Italie. Fort
heureusement, l'accueil est triomphale de la part de la population !
Il faut dire qu'en 1801, lorsqu'il se battait au sud de l'Italie, il
ordonna à ses troupes de ne pas faire de mal aux napolitains, ni de
les piller, un acte charitable dont le peuple se souvient. Et ce ne
fut pas n'importe quel accueil avec des échafaudages aux citations
latines gravées, de trophées, tout le beau monde de Naples avec ses
magistrats attendaient le nouveau couple royal pour remettre les clés
de la ville. On pouvait y voir une statue équestre de Napoléon, un
arc de triomphe où Joachim et Caroline étaient représentés comme
des divinités romaines, sans oublier un Te Deum pour la solennité,
sous les applaudissements du peuple. Ils aiment leur nouveau roi et
c'est réciproque, il s'impliquera dans son nouveau royaume.
Portrait par François Gérard |
Un bon roi ? Oui,
même si Napoléon 1e aime mettre son grain de sel, ici c'est
Joachim 1e qui décide, du moins dans le peu de marge de
manœuvre qu'il possède : il choisit son gouvernement et
entreprit d'abolir la féodalité, mais aussi de faire de grands
travaux pour améliorer les conditions de vie, l'assainissement de
certaines régions, développer l'instruction publique … Il remet
en place une armée digne de ce nom, calme l'hostilité des religieux
et est même mécène. Depuis des siècles, Naples est une ville
idéale pour ses artistes – rappelez vous l'exposition que j'ai visité à Montpellier – et on voit non seulement des italiens,
mais aussi des belges ou des français à la nouvelle cour de Naples.
Voilà un roi appliqué et il le dit lui-même dans une lettre à
l'empereur : « Je suis heureux dans mes États ;
j'habite le plus beau ciel de la belle Italie, tout m'y assure le
bonheur. »
Alors pourquoi ce peuple
qu'il a tant aidé, ont décidé de le mettre à mort ? Le 6
avril 1814, Napoléon 1e abdique et le Congrès de
Vienne se réunit pour définir les nouvelles frontières, en
annulant les prises de guerre de l'empereur déchu. Murat,
pour le bien de son royaume et ne pas revoir ses ennemis les Bourbons
sur son trône, s'est allié avec l'Autriche. Il a un projet :
unifier l'Italie et en devenir le roi. Trahison ? Non car durant
les fameux Cent Jours où Napoléon s'est enfui de l'île d'Elbe pour
reconquérir son trône, Joachim se montre comme un des plus
fidèles. Il remonte l'Italie avec 40.000 hommes, espère que le pays
se soulève contre la domination autrichienne.
« Italiens,
L'heure est arrivée où de grandes destinées doivent s'accomplir. La providence vous appelle enfin à la liberté : un cri se fait entendre depuis les Alpes jusqu'au détroit de Scylla et ce cri est : l'indépendance de l'Italie. »
Tout le mois de mars
1815, il remonte de ville en ville, toujours acclamé … jusqu'à
Ferrare, et le désastre commence : une contre-offensive
autrichienne donne lieu à la bataille de Tolentino le 2 mai
et c'est la déroute totale. De plus l'Autriche remet sur le trône
les Bourbons, et le roi Ferdinand 1e revient sur ses terres. Alors
que Napoléon est déchu une seconde fois et est exilé sur
l'île de Sainte Hélène, Murat ne pense qu'à reprendre
Naples, passant par la Corse.
« Nous reverrons Naples et nous vaincrons nos ennemis. »
Pourtant Fouché,
ministre de la police, lui envoie de l'argent et un passeport sous le
nom de comte de Lipona (anagramme de Napoli) pour vivre en Autriche
avec son épouse Caroline, prisonnière de l'Autriche avec ses
enfants au château de Haimbourg, non loin de Vienne.
Portrait par François Gérard |
Le 8 octobre 1815,
Joachim Murat débarque à Pizzo avec ses quelques partisans
pour tenter de reconquérir son trône, mais rapidement, cela tourne
mal. En voulant reprendre la mer, une foule d'excités sautèrent sur
eux, manquant de les tuer, leur lançant des insultes et on les
enferma au château de Pizzo. Pour juger le roi déchu, une
commission de sept hommes fut constituée. Et sans entendre l'accusé,
la sanction fut prononcée : la mort. Il eut une demi-heure pour
recevoir les secours de la religion et écrivit une dernière lettre
pour sa femme. Ce 13 octobre 1815, à 18h, Murat refuse
d'avoir les yeux bandés, dénude son torse et crie « Tirez,
n'ayez pas peur, faites la volonté de Dieu. » Ainsi
mourut Joachim Murat, à l'âge de 48 ans. Sa dépouille fut
ensevelie dans la troisième fosse commune dans le souterrain de
l’église Saint-Georges-Martyr de Pizzo. Si ses restes n'ont jamais
été retrouvés, on peut trouver un caveau de la famille Murat au
cimetière du Père Lachaise, à Paris, où son profil est gravé
dessus.
Ce personnage a un côté
fascinant dans sa trajectoire de vie, il a tout de même tenu tête à
Napoléon et pourtant l'a soutenu à son retour, lui qui ne vivait
que de fêtes, d'élégance ou de guerre, incapable de s'attacher au
grand-duché de Berg, il a aimé Naples plus que sa vie, puisqu'il
est mort pour elle …
J'aime beaucoup ton entrée en matière. C'est toujours un plaisir de lire ta plume !
RépondreSupprimerJe ne connaissais pas Joachim Murat, contrairement à ce que je pensais. Après lecture de ton bel article, j'y vois plus clair !
Tes compliments me font plaisir :)
SupprimerMurat est vraiment une figure romanesque et malgré quelques couacs dans son histoire, je le trouve vraiment attachant, surtout de se battre jusqu'à la fin pour son royaume.