mercredi 24 février 2016

24 février 1525 : La monstrueuse défaite de Pavie




1515, Marignan, tout le monde connaît. Mais 1525 Pavie, c'est un peu 1815 Waterloo, c'est tabou. Une énorme défaite française venue entachée la glorieuse armée française, à cause d'une mauvaise gestion et d'un sale caractère de François 1e, entêté jusqu'à la bêtise dans sa poursuite de quête chevaleresque, en plus de son obsession italienne. Les conséquences ? Une catastrophe, tout simplement …


La France a connu de nombreuses guerres et de grandes batailles. Dans les succès, on peut mentionner Bouvines entre autres ; mais les défaites furent nombreuses. Un siècle avant, l'armée française essuyait l'affront à Azincourt, une bonne branlée comme on n'en veut plus. Avec l'arrivée sur le trône de François 1e, jeune homme fougueux et à l'âme d'un chevalier, il espère donner de la grandeur à la France grâce aux armes, et surtout rêve de cette Italie, comme auparavant Charles VIII et Louis XII. C’est pour cela qu’il mène en 1515, peu après son accession au trône, la cinquième guerre d’Italie avec la célèbre bataille de Marignan qui fut une victoire ! Mais cela ne suffisait pas au jeune roi, entouré des possessions de Charles Quint. Plus que le Milanais, il aimerait avoir le royaume de Naples. 

Nous voici donc dix ans plus tard, dans une nouvelle période de tension où après une victoire en Provence, passe les Alpes pour continuer sa conquête. Après avoir pris Milan en octobre 1524, le souverain poursuit son chemin. Là, deux possibilités s’offrent à lui pour faire une nouvelle prise de guerre et montrer sa puissance sur les impériaux de Charles Quint : Lodi et Pavie. La première est une vieille ville aux fortifications délabrées, mal sécurisée ; l'autre est une forteresse quasi-imprenable où des lansquenets sont regroupés, avec une grosse artillerie. 

Où aller ?

Anne de Montmorency et Louis II de La Trémoïlle, deux hommes d'armes et conseiller du roi,  préfèrent Lodi, plus facile et rapide. Après tout, autant s’économiser pour Naples ! L'amiral Guillaume Gouffier de Bonnivet, homme de confiance de François et surtout un grand ambitieux, verrait plus de gloire à Pavie, rejouer Marignan et être couronné de gloire dans le sang et l’honneur, mais avec un risque de défaite. On connaît l'histoire, l'armée s'en va à Pavie. 

Portrait de François 1e par Joos Van Cleve, 1530s

Le siège commence fin octobre, la ville est bombardée, encerclée, mais tient bon, malgré les sept assauts entre novembre 1524 et janvier 1525. Des brèches se creusent dans la forteresse mais les habitants les colmatent au plus vite. Les français tentent quelques escarmouches sans grand succès. Quant aux pavesi, eux aussi en font et réussissent à faire quelques prisonniers, voler des chevaux et du ravitaillement, on appelle sans doute ça le talent. En faisant cela, les français espèrent isoler la ville, la priver de vivres et d'argent, une stratégie d'usure. Sauf que ça ne fonctionne pas et que le siège s’enlise, les morts s’accumulent, il faut aussi trouver des fonds car une partie de l’armée se compose de mercenaires … Pire encore, François envoie plusieurs milliers d'hommes attaquer directement Naples ! Bon d'accord, avec 30.000 hommes sur le terrain, il avait de la marge mais dans une guerre, chaque soldat compte. Et cela ne l'inquiète en rien, le roi au gros ego écrit à sa mère, Louise de Savoie : « Je crois que la dernière chose que nos ennemis feront sera de nous combattre, car, à dire la vérité, notre force est trop grosse pour la leur. » 

Oui, dans Pavie, il n'y a pas grand monde, mais les impériaux ne peuvent pas laisser le français prendre leurs villes comme on fait ses courses. Antoine III de Bourbon, ancien connétable du roi de France, disgracié et passé sous la coupe impériale, et Charles de Lannoy, vice-roi de Naples, tous deux d'illustres militaires arrivent en renfort avec environ 10,000 à 15.000 hommes. Les hommes en partance pour Naples s’avéra être une diversion qui ne fit pas ciller les impériaux, qui attendirent le bon moment pour lancer l’assaut.

Plan de la bataille de Pavie, par Gallica


L'attaque se fit par surprise, dans la nuit du 23 au 24 février 1525. Une brèche dans le mur nord du parc de Mirabello permet d'infiltrer 3000 soldats, chemises blanches sur leurs cuirasses pour se voir dans la nuit et se repérer entre eux. Ils espéraient gagner plus de temps mais l’alerte est donnée dés l’aube aux alentours de 7 heures du matin. Les français ont tout à portée de main, il ne reste plus qu’à sortir l’artillerie, pour dégommer les ennemis … si seulement ils avaient pu tirer davantage. Là est l'erreur ultime du souverain française : François 1e engage la cavalerie, juste devant l'artillerie. Erreur de stratégie ? Besoin de gloire ? Les historiens en débattent encore. Toujours est-il que cela eut une lourde conséquence sur l'issue de la bataille. Évidemment, on ne tire pas sur le rois ni sur les siens, la force de l’artillerie n’eut pas le temps de faire assez de dégâts dans le clan ennemi, alors que les chevaux s’engagent au combat.  

Après une brève ascendance, les cavaliers à cheval se retrouvent contre les arquebusiers. Dans ce combat, le royal destrier meurt et François doit continuer à pied. Il a le choix à cet instant : la reddition ou la mort. Mais en chevalier, il veut continuer mais se la joue grand seigneur, à se battre comme il peut, en faisant tournoyer son épée. En face, on ne sait pas trop qui est cet homme, les espagnols hésitent entre le tuer et le capturer. L'historien André Castelot résume bien la suite :

« François est blessé au visage. Sous son heaume, le sang coule, mêlé à la sueur. Il chancelle. Une seconde blessure le frappe à la jambe. Ce sont les lansquenets de Bourbon qui attaquent maintenant. Se rendre à son féal parjure ? Mieux vaut la mort ! Soudain, entre les fentes de son heaume, à travers le sang qui l'aveugle, devine la présence du vice-roi. Alors il lève la bande de son casque et, en signe de soumission, tend son gantelet à Lannoy. Tous veulent être les premiers à s'emparer du roi de France. François échappe à la meute et se réfugie dans un silo à betteraves d'où il ne sortira que lorsque Lannoy aura rétabli l'ordre. »

Voilà qui n'est pas très glorieux, surtout le coup du silo. Mais voilà, non seulement il a perdu mais en plus, voilà que le roi de France est prisonnier ! On n'avait pas vu cela depuis 1356 avec Jean II le Bon à Poitiers ! Un gros coup dur pour les français, qui voit aussi parmi les prisonniers Anne de Montmorency, qui sera libéré quelques temps plus tard. En plus de la capture, la perte est immense : plus de 10.000 morts, blessés et prisonniers côté français, notamment Louis II de la Trémoïlle et Guillaume Gouffier de Bonnivet, contre seulement … 500 côté impériaux ! La faute à qui ? La faute à Francky ! 

Le roi François 1e fait prisonnier à la bataille de Pavie, sur Gallica

En l'absence du roi, c'est sa mère, Louise de Savoie, qui assure la régence. D'ailleurs il lui écrivit « Madame, pour vous avertir comme se porte le ressort de mon infortune, de toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur et la vie qui est sauve. » On retient surtout la partie de l'honneur alors qu'en réalité, il lui reste surtout la vie. Mais après la défaite, le plus dur reste à venir. Après avoir été retenu en Italie, François fut transféré en Espagne, à l'Alcazar de Madrid, où il y resta captif un an. Le voici à la merci de son grand ennemi Charles Quint, à tomber malade, un abcès au palais s'était infecté. Heureusement, après des prières et une bonne déglutition, l'abcès se perça et François reprit sa santé de fer, de quoi le faire signer le traité de Madrid le 14 janvier 1526. Un traité humiliant pour la France où elle doit restituer le duché de Bourgogne, renoncer à la revendication de Naples, du Milanais, des Flandres ; mais aussi faire renoncer à Henri d’Albret, beau-frère du roi, à la prétention du trône de Navarre, épouser Éléonore d’Autriche, sœur de Charles Quint et, en échange de la libération du roi, livrer comme étages une dizaine de personnes de sa Cour, dont deux de ses fils.

N’ayant aucun choix, François 1e signe et repart en France, libre mais humilié. Il croise ses deux fils lors de l’échange des prisonniers, le dauphin François, 8 ans, et le petit Henri (futur Henri II), 6 ans. En mars 1526, arrivé à Paris, le souverain déclare que le traité est nul et qu’il ne fera rien ! Enfin rien, il épouse tout de même la sœur de son ennemi, qui n’aura pas d’enfant de lui, et a laissé ses deux fils en Espagne. Ils vont d’ailleurs rester à la Bidassoa pendant quatre ans ! C’est tellement bien pensé … La guerre entre les deux hommes ne s’arrêtera pas là, malgré les paix imposées par la papauté, tout cela ne cessera qu’à la mort de François 1e en 1547.

Le plus amusant ? Le 24 février est l'anniversaire de Charles Quint et en cette année 1525, il fêtait ses 25 ans. Autant dire que François 1e lui a fait un magnifique cadeau !

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